sim2g Projet SIM 2G
Les Systèmes d’Information de Marché (SIM) sont des dispositifs visant à renforcer la transparence des marchés par la diffusion d’informations auprès des acteurs (producteurs, commerçants et consommateurs). Les informations diffusées sont censées aider les acteurs dans leurs décisions (d’achat et de vente, mais aussi de production ou d’investissement). Les principaux effets attendus sont une amélioration i) de l’efficience (augmentation des arbitrages et de la concurrence ; réduction des coûts de transactions ; meilleure allocation des ressources, qui doivent se traduire par une réduction du différentiel de prix entre le producteur et le consommateur et une meilleure intégration des marchés) et ii) de l’équité (réduction des asymétries d’information notamment entre commerçants et producteurs, qui doit se traduire par meilleure rémunération des producteurs).
En pratique, les premiers Systèmes d’Information de Marché (SIM) ont été introduits dans les années 1920 aux Etats-Unis pour contrecarrer les monopoles (Bowbrick 1988). Il s’agissait de dispositifs publics ayant pour fonction de collecter et diffuser des informations concernant les prix, les variétés ou qualités des produits, le niveau de fréquentation des places de marchés et, si possible, les quantités échangées et les stocks. Les SIM ont ensuite connu une vogue dans les pays occidentaux au cours des années 30, puis à partir des années 80 dans les pays en développement et en transition pour des produits aussi divers que les céréales et tubercules, les produits maraîchers, le bétail. Ils ont été fortement promus par les bailleurs de fond et les organisations internationales, notamment la FAO, comme outils d’accompagnement de la libéralisation des filières agricoles (Poon, 2002 , Shepperd, 2001). Ils se sont multipliés en Afrique, en Asie et en Amérique latine au point que la FAO s’est attelée à en dresser un inventaire (Shepherd, 1997). Ces SIM de première génération avaient tous une configuration à peu près similaire : i) chaque SIM était centré sur un pays et un groupe de produit (céréales, bétail etc.) ; ii) l’information portait essentiellement sur les prix ; iii) l’information était collectée sur un échantillon de marchés couvrant l’ensemble du territoire national avant d’être centralisée, sélectionnée puis diffusée à l’échelle nationale à travers la radio et d’autres médias ; iv) l’information était mise gratuitement à la disposition des acteurs ; iv) les SIM étaient gérés de façon centralisée par des services publics ou des projets, financés par l’aide au développement.
L’évaluation de ces dispositifs a soulevé de nombreux problèmes méthodologiques (Galtier et Egg 2003). Certaines évaluations ont procédé par enquêtes auprès des acteurs du marché concernant leurs sources et leurs besoins d’information. Ces études ont en général montré un faible rôle des SIM mais sans permettre un jugement définitif. En effet, elles ne permettent qu’une estimation du pourcentage d’acteurs informés directement par le SIM. Or, les sources d’information citées par les acteurs interrogés (parents, proches, autres producteurs ou commerçants) peuvent avoir elles-mêmes été informées par le SIM. D’autres évaluations se sont basées sur l’analyse de séries temporelles de prix. Elles ont généralement montré une augmentation de l’intégration spatiale des marchés, sans qu’il soit possible de l’attribuer exclusivement à l’impact des SIM. En effet, depuis la mise en place des SIM dans les années 80, l’environnement des marchés s’est beaucoup transformé (libéralisation, développement des infrastructures, développement de la téléphonie mobile dont les commerçants font souvent un usage intensif). Malgré les limites et les ambigüités de ces évaluations, le sentiment général qui se dégage est que les SIM n’ont pas donné des résultats à la hauteur des espérances qu’ils avaient suscitées. C’est sans doute ce qui explique l’émergence d’une nouvelle génération de SIM à la fin des années 90.
Des SIM de deuxième génération sont apparus (en partie grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, notamment Internet et les téléphones cellulaires). Ils se caractérisent par leur aspect décentralisé, interactif et parfois privé. Ils se caractérisent aussi souvent par un lien plus affirmé avec les institutions de marché : de nombreux SIM sont liés à des entrepôts de stockage, à des bourses, à des structures de concertation réunissant les différents acteurs du marché (producteurs, commerçants, transformateurs, consommateurs) et l’Etat.
Ces dispositifs sont encore mal connus. La seule étude comparative d’envergure réalisée sur les SIM leur est antérieure (Shepherd 1997) et les études d’impact sont quasi inexistantes (Tollens 2006). Néanmoins, les informations dont on dispose sur quelques uns de ces SIM de deuxième génération suffisent à montrer leur extrême diversité. Alors que tous les SIM de première génération étaient à peu près similaires (quels que soient le produit et le pays), les nouveaux SIM explorent des modes d’organisation très divers. Si tous utilisent les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), ils en font des usages différents. Beaucoup recourent au réseau Internet et à la téléphonie mobile pour renforcer la fiabilité et la rapidité du système de collecte, traitement et diffusion d’information. Ces technologies permettent aussi de générer de l’interactivité avec les utilisateurs. En effet, lorsque la diffusion est assurée par Internet ou SMS, les acteurs peuvent choisir les informations qui les intéressent. Les SIM de seconde génération se distinguent aussi les uns des autres par la gamme de produits couverts et l’échelle spatiale. Comme il est apparu que les décisions des acteurs impliquaient des arbitrages entre produits (ex : vendre des céréales ou des oignons), ceci a souvent conduit les nouveaux SIM à élargir la gamme des produits couverts. De même un emboîtement d’échelle s’est développée à partir des SIM nationaux, en intégrant une dimension supranationale (ex : mise en réseaux des SIM céréaliers nationaux par le RESIMAO pour donner une information à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest) et en se décentralisant (ex : au Mali, diffusion d’informations différentes selon les régions d’un même pays). Certains SIM ne sont plus basés au sein de l’administration mais au sein des interprofessions, des chambres de commerce ou des chambres d’agriculture. D’autres (comme Manobi au Sénégal) sont totalement privés et vendent de l’information aux acteurs du marché. Certains sont liés à des dispositifs de concertation entre les opérateurs du marché et des représentants de l’Etat (comme l’Observatoire du Riz à Madagascar). D’autres (comme le Zimace au Zimbabwé et le Safex en Afrique du Sud) sont liés à des structures d’échange (bourse). Le contenu des informations diffusées est aussi très divers : les prix courants restent bien sûr une variable importante mais certains SIM essayent aussi de diffuser des informations concernant la disponibilité des variétés ou qualités, le niveau de fréquentation des places de marchés, les quantités échangées, les stocks, les offres et les demandes d’opérateurs ainsi que leurs contacts ou encore les tendances de marché et les prévisions de prix. Enfin, si l’information primaire est la plupart du temps recueillie via des collecteurs présents sur les marchés, certains SIM sont alimentés par les déclarations des commerçants rendues obligatoires par la loi (c’est notamment le cas du SIM sur le bétail et la viande créé en 1999 aux Etats-Unis) ou par les offres et demandes enregistrées par les utilisateurs (comme dans la plate forme électronique Tradenet). Enfin, certains SIM précisent des règles de non diffusion de l’information lorsque les acteurs actifs sur le marché sont peu nombreux (pour que les prix moyens diffusés par le SIM ne conduisent pas à révéler des informations individualisées sur les acteurs).
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